Saint-Etienne est la ville de la diversité, de la créativité


Entretien avec Gaël Perdriau, Maire de Saint-Etienne et Président de Saint-Etienne Métropole Pour ConfiNews.net




En juin 2020 vous avez été réélu avec 58,91% des voix. C’est évidemment une score très important pour un maire sortant. Peut-on parler d’une « méthode » Perdriau ? Faites-vous de la politique autrement ?


Il m’est très difficile de répondre à cette question sans prendre le risque de passer pour quelqu’un de prétentieux. Faire de la politique autrement ? Vous savez, en politique j’ai beaucoup appris en prenant exemple sur les grands hommes d’Etat. Au nombre de ceux-ci, je compte Jacques Chirac qui, lors de sa dernière allocution à la Nation, a dit : « Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c'est celui de l'unité, c'est celui de la cohésion. Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! ». Saint-Etienne est la ville de la diversité, de la créativité, certains diraient de l’hybridation, en tout cas Saint-Etienne sait parfaitement embrasser l’avenir, tout en préservant les valeurs de la République. J’ai voulu inscrire mon action, en tant que Maire, dans ce sillon et je pense que les Stéphanois, au-delà de tous les clivages, l’ont bien compris.



Saint-Etienne souffre encore de nombreux préjugés ; et pourtant, elle est en train de s’affirmer, grâce au rayonnement de la Cité du design, comme une capitale internationale du design.


Comment comptez-vous accompagner ce développement ?


Le design est notre avenir ! Le design permet de concilier des réflexions aussi complexes que la protection de l’environnement, la justice sociale, le développement économique voire la manière dont les services publics se déploient au service des citoyens. Le design imprègne notre vie quotidienne et, tels de modernes « Bourgeois gentilshommes », nous ne nous en rendons pas toujours compte.


Saint-Etienne a fait le choix du design depuis des décennies. L’Ecole des Beaux-Arts a été créée pour répondre aux besoins des industriels locaux, alors le design répond à une véritable tradition historique, afin de résoudre des problèmes très concrets.

La reconnaissance de Saint-Etienne comme seule ville française créative design par l’Unesco est un atout indéniable que le gouvernement vient de consacrer en installant le Centre National du Design à la Cité du design de la métropole, par décision des ministres de la Culture, de l’Economie et de l’Industrie.


Cette instance constitue une réelle avancée pour le développement et la démocratisation du design en France et sa reconnaissance comme facteur de compétitivité.


Par ailleurs, nous avons lancé un projet extrêmement ambitieux d’évolution de la Cité du Design à horizon 2025 avec des investissements d’un montant global de 60M€. Enfin, je reviens de Dubaï où j’ai accompagné une délégation d’entreprises locales, toutes ambassadrices de l’excellence stéphanoise en matière de design, qui ont pu nouer des premiers contacts que nous espérons fructueux pour l’avenir !





Quelles sont vos ambitions pour la ville et la Métropole de Saint Etienne ?


L’excellence en toutes choses. Saint-Etienne est une terre où le mot excellence veut dire quelque chose de très concret. Nous avons hérité de notre tradition minière et industrielle une modestie réelle qui nous conduit à considérer que le dépassement de soi est chose naturelle. C’est facile de l’affirmer, c’est compliqué de le mettre en œuvre ! A Saint-Etienne, nous disposons des atouts nécessaires, tels un tissu d’enseignement supérieur d’une grande richesse à la fois par le nombre de ses instituts de formation et par les quelques 27000 étudiants présents, sur un réseau de PME-TPE capables de développer des solutions, pour des donneurs d’ordre, rapidement et efficacement, enfin par notre capacité à accueillir, dans un cadre offrant toute la gamme des services publics et des loisirs, des entreprises souhaitant s’implanter.


Saint-Etienne tient son rang parmi les grandes métropoles françaises et tout cela c’est grâce aux Stéphanois, à leurs efforts et au travail consenti depuis 2014.


En tant que maire et président d’une métropole, avez-vous le sentiment que la crise sanitaire a exacerbé les fractures sociales et politiques ?


Malheureusement, les fractures sociales sont présentes depuis plus longtemps. L’évolution de la société libérale et républicaine, correspondant à notre histoire politique et sociale, vers une société néolibérale, aux antipodes de notre héritage, est à l’œuvre depuis longtemps. Hélas, depuis 2007, aucun Président de la République n’a réellement souhaité l’empêcher et le combattre.


La pandémie, tout comme la crise des Gilets Jaunes, n’a fait que mettre à nu ces fractures en touchant au sujet sensible de la santé. De fait, la privatisation rampante de de la société et de l’action publique conduisent à transformer les décideurs publics en une sorte de « trader » devant garantir la rentabilité financière des politiques publiques. Erigé en dogme, ce système, défendu par l’actuel Président de la République, a contribué à l’implosion de notre système de santé avec la funeste T2A. Qu’en sera-t-il demain ? L’éducation, la sécurité ou la justice seront-ils attribués, au nom de l’efficacité, pas toujours démontrée, au secteur privé ?



Pensez-vous que l’affaiblissement de la parole publique, le décalage entre les annonces et leur réalisation puisse faire émerger au niveau local et national la tentation d’une société de défiance ?


Il est évident que nous traversons une crise majeure de la parole publique. Les voltefaces incessantes ne font qu’affaiblir la force normative de la parole publique qui se vide, progressivement, de tout sens pour n’être plus qu’un pur exercice de rhétorique.


A ce titre, la crise des Gilets Jaunes est révélatrice. Le manque de précision dans les annonces et leur décalage par rapport à la réalité vécue par des millions de personnes, ont contribué à rendre vain tout échange. Lorsque la parole publique ne peut plus assurer la régulation du débat public, il ne reste plus qu’un seul et unique mode de rationalisation : la violence !


On peut donc redouter que la société de la défiance, qui est déjà grandement installée, allant de pair avec le modèle néolibéral qui déstructure les solidarités classiques, alliée à la crise de la parole publique, ne débouche sur une amplification de la violence en tant que mode de régulation du débat public. C’est évidemment inacceptable et il faut tout faire pour l’éviter, et donc rétablir la valeur de la parole donnée.


En tant que Vice-Président des Républicains, allez-vous vous participer à la construction d’un programme ? Quels pourraient en être les grands thèmes ?


Depuis longtemps, je le répète, nous devons élaborer un programme qui soit en prise directe avec les attentes des Français. Il s’agit de construire en fonction des évolutions réelles de la société française qui ne sont pas suffisamment prises en compte. Il est frappant de voir à quel point Les Républicains sont déconnectés de la France, sinon comment pourrait-on expliquer que notre formation recueillait près d’un tiers des voix lors des Présidentielles de 2007 et à peine 8,5% lors des européennes de 2019 ?


A Saint-Etienne j’ai souhaité proposer, en 2020, un nouveau contrat aux habitants autour de trois grandes thématiques : le bien-être social, le développement durable et la défense des valeurs de la République.


Tout ceci afin de répondre, dans le cadre de nos modestes capacités de municipalité, aux évolutions de la société. Il me semble néanmoins qu’un sujet se détache nettement : le travail. Il ne faut pas l’ériger en totem comme le font certains dans mon parti, il faut admettre que, sous les effets de la révolution numérique, nous ne travaillons plus de la même manière aujourd’hui qu’hier. Soit nous acceptons la vision néolibérale du travail qui le transforme en simple marchandise soit nous restons fidèles à nos racines et dans ce cas, nous devons prendre acte des transformations affectant le travail pour bâtir un nouveau projet de société.




Nous sommes en pleine actualité du Congrès des Maires. Quelles doivent être pour vous les priorités de cette association et de son futur Président ?


Pour ma part, je vois trois défis essentiels à relever par le futur Président de l’AMF. D’abord, et avant toute chose, garantir l’indépendance de notre association. Il ne s’agit pas de satisfaire aux ambitions politiciennes de certains en leur offrant des « fauteuils », en attendant qu’ils puissent, peut-être, en occuper d’autres ! L’AMF n’est pas un « fief », qui se transmettrait, tel un héritage, à celui qui aurait été choisi par un cénacle d’initiés.


En ce sens, voilà pourquoi je soutiens la candidature de mon ami Philippe Laurent dont l’engagement et le dévouement au service de l’AMF, donc de tous les maires de France, ne saurait être contesté.


Ensuite, être un pôle d’indépendance par rapport au pouvoir centralisateur de l’Etat dont on sent, depuis 2017, la tentation jacobiniste d’une reprise en main des collectivités territoriales. L’AMF remplira ce rôle en devenant une authentique force de proposition auprès du Gouvernement et du Président de la République, afin de traduire les aspirations les plus profondes de la Nation.


Enfin, découlant du point précédent, être en capacité de comprendre les évolutions de la société, afin de formuler des propositions connectées aux réalités, avec, comme objectif, la préservation, tout en le modernisant, du modèle sociétal français.