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Vincent Doerr, délégué général du Porquerolles Film Festival et directeur général de l’institut Henri Langlois


Crédit photo: Laurent Parienti


« Porquerolles Film Festival : rêve d’enfant, engagement climatique et mission patrimoniale »


Créé en 2020, le Porquerolles Film Festival connaitra sa cinquième édition du 11 au 16 juin prochain. Pouvez-vous présenter, en quelques mots, ce jeune festival consacré à l'écologie ?


Le Porquerolles Film Festival récompense, depuis 5 ans maintenant, des films sur le thème de l’écologie. La quinzaine de films présentés abordent ce thème sous différentes angles : la dénonciation des causes du dérèglement climatique et de la disparition de la biodiversité ; la présentation des solutions pour en atténuer les conséquences ou encore l’exposition de la beauté du monde qui nous entoure. Certains sont des documentaires ; d’autres des fictions. 


Le Festival se tient le temps d’une semaine, du 11 au 16 juin, sur l'île de Porquerolles et de la presqu'île de Giens. La première partie de la semaine est consacrée à la diffusion des œuvres, avant d’en récompenser certaines lors de la seconde. Nous avons, chaque année, le privilège de compter un jury d’exception composé de personnalités issues des monde artistique comme scientifique. La première présidente du jury n’était autre que Juliette Binoche, qui est aujourd’hui encore marraine de cœur du Festival, et Gérard Jugnot est le parrain du Festival. Je voudrais ici les remercier pour leur contribution à son succès. 


Plus en détail, nous avons le plaisir de récompenser trois des quinze films en compétition à travers le Grand Prix Porquerolles, le prix du jury ainsi qu’une mention spéciale du jury. À la suite de la remise d’un prix d’honneur à Jean-Marc Barr, acteur principal de Le Grand Bleu de Luc Besson (1988) et membre du jury de l’édition présente, le Festival a décidé de décerner également cinq prix d’honneur à des personnalités du cinéma engagées lors de l’édition 2024. 


Crédit photo: Laurent Parienti

Le Porquerolles Film Festival se donne pour objectif "d'agir sur le vivant, la biodiversité et le climat à travers le cinéma." Comment s'y prend-il ?


L’objectif est de projeter des films et de permettre des rencontres sur une thématique qui m’est chère, à savoir l’écologie. Le cinéma est un vecteur de rencontres et nous sommes fiers d’en rendre possible de nouvelles grâce à la projection d’œuvres cinématographiques engagées.


Par ailleurs, l’industrie du cinéma a également un besoin de moments de réflexion pour esquisser des réponses au double enjeu qui se présente à elle. Il y a d’abord un enjeu de production puisque, comme toute industrie, la filière cinématographique doit réussir à produire de façon décarbonée. Surtout, il y a un enjeu de fabrique des récits car il est terriblement nécessaire de présenter des nouveaux narratifs qui se saisissent du dérèglement climatique. Cela l’est aussi bien pour permettre à tous d’en prendre conscience que pour permettre à tous d’imaginer d’autres futurs plus désirables. 


L’écrivain Pierre Daninos décrivait la Caméra comme ce « merveilleux instrument de tourisme auquel le voyageur fait voir le pays avant de le voir lui-même. » En ces temps où les membres du GIEC nous invitent à réduire notre utilisation de l’aviation, une des missions du cinéma est-elle de montrer des terres auxquelles il nous est plus difficile de nous rendre ? 


Ce qui est certain, c’est que l’idée du Porquerolles Film Festival est de faire voyager ses participants en proposant des films des quatre coins du globe. Nous récompensons des films de tous les pays. Il est différents moyens de voyager et la projection d’un film de cinéma à Porquerolles en est un bon. 


Crédit photo: Laurent Parienti

Vous le disiez, le Festival prend place dans l'environnement unique de l'île de Porquerolles et de la presqu'île de Giens. Outre la beauté des lieux, le choix de ces sites est-il également motivé par la mission écologique que se donne le Festival ? 


La création d’un Festival de cinéma sur l’île de Porquerolles et la presqu’île de Giens est d’abord un rêve d’enfant. Né à Toulon, je suis très attaché à ce site que j’ai la chance de fréquenter depuis toujours. Puis, une fois lancé dans mes études de cinéma, je me suis mis à rapprocher l’île de Porquerolles de cette petite place de village italienne sur laquelle les habitants se retrouvent pour regarder des films, à l’instar de celle de Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore (1998), un de mes films préférés. Les projections de films à l’hôtel Le Provençal et sur la terrasse du Marché de la Bergerie, face aux salins, sont toujours des moments uniques.


Ensuite, il est certain que les lieux sont en totale adéquation avec la mission écologique du Festival. Située dans le parc national de Port-Cros, l’île de Porquerolles est une magnifique vitrine de préservation de la biodiversité.


À ces motivations affectives et environnementales viennent s’ajouter des motifs patrimoniaux puisque de nombreuses œuvres majeures du cinéma français y ont été tournées, à l’instar de Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard (1965). 


Lors de la Cérémonie des Lauriers de l'audiovisuel 2024, la philosophe Gabrielle Halpern soulignait combien les images que chacun regarde influe sur son devenir. En d'autres termes, et selon ceux de la philosophe : "Dis-moi ce que tu regardes, je te dirai qui tu vas devenir." N'est-ce pas une conviction partagée par le Porquerolles Film Festival qui donne à voir des FILMS FOR PLANET ? 


Si, absolument ! C’est même un film, en l’occurrence le film d’anticipation Soleil Vert de Richard Fleischer (1973), qui a façonné ma conscience écologique. Pour les nouvelles générations, ce sont des films tels que Le Jour d’après de Roland Emmerich (2004), Dont’ Look Up d’Adam McKay (2021) ou encore Demain de Cyril Dion (2015) qui contribuent à leur prise de conscience de la catastrophe climatique.


Peut-être plus encore que de simples images, le cinéma a un impact extraordinaire à travers son rôle de fabrique de récits. Je suis convaincu que c’est grâce à la puissance du narratif qu’on embarque les gens. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons choisi comme sous-titre du Festival FILMS FOR PLANET : produire et diffuser des films engagés pour la préservation de l’environnement, cela est plus que jamais nécessaire pour construire de nouveaux imaginaires. À l’instar de l’engagement du cinéma de La Nouvelle Vague en faveur de questions sociales dans les années 1960, nous avons aujourd’hui besoin d’un cinéma qui embarque la société dans une action climatique. 


Crédit photo: Laurent Parienti

En 2021, le Porquerolles Film Festival a créé les Prix Ecotubeurs qui récompensent des petits films, réalisés par des élèves de la primaire au lycée, abordant la question climatique. Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette initiative ? 


C’est une initiative qui me tient particulièrement à cœur et je suis ravi de pouvoir en parler ici. 

Nous avons lancé les Prix Ecotubeurs parce que nous souhaitons permettre à un maximum de jeunes de créer des petits films, de trois à quatre minutes, en lien avec la question écologique. 


La remise de Prix Ecotubeurs n’est ici qu’un point culminant pour ces jeunes mais l’essentiel est ailleurs. Il s’agit d’encourager la création et de sensibiliser sur l’écologie au sein des collèges et des lycées. Le lancement du pass Culture nous a permis de faire intervenir des professionnels de la filière cinématographique dans les établissements scolaires afin de les accompagner dans leur démarche créative. Nous voulons aller plus loin et c’est pourquoi, à la rentrée prochaine, nous proposerons à tous les établissements scolaires français un catalogue créatif et sensibilisant pour permettre à leurs élèves de créer une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, sur l’écologie. Puis, nous lancerons l’offre à l’international !


Avez-vous une conviction, profondément ancrée en vous, que les autres considèrent comme insensée ?


Né à Toulon, première grande ville dirigée par l’extrême droite à la suite de l’élection de Jean-Marie Le Chevalier en 1995, j’ai vu combien le populisme, et l’extrême droite tout particulièrement, n’avait que du mépris pour l’écologie. Aujourd’hui, l’écologie est une des préoccupations majeures des Français et, dans le même temps, l’extrême droite n’a jamais été aussi haute dans les sondages. Peut-être cette conviction qu’est la mienne, selon laquelle le populisme est l’ennemi d’une action climatique ambitieuse, est-elle alors, peu à peu, considérée comme insensée par d’aucuns. De mon côté, j’en reste absolument convaincu. 


C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai créé ce Festival. Le cinéma est un formidable levier politique, au sens large du terme, pour construire d’autres récits. Nous en avons cruellement besoin.

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