top of page

Entretien avec Sacha Houlié, Député de la Vienne

  • il y a 14 minutes
  • 6 min de lecture

Entretien réalisé par Victoria Kahn


Sacha Houlié, Député de la Vienne
Sacha Houlié, Député de la Vienne

Comment votre parcours et votre engagement politique se sont-ils construits ?


Mon engagement politique est d'abord issu d'une mobilisation, en 2006, contre le contrat de première embauche (CPE) qui avait mis en place un traitement de défaveur envers les jeunes, en prévoyant notamment une période d’essai de deux ans durant leurs premières années de CDI. Ce premier engagement s’est ensuite décliné par du syndicalisme étudiant et par un premier passage au sein du mouvement des Jeunes socialistes (JS), au sein duquel j’ai beaucoup appris, étant minoritaire, sur les processus démocratiques internes de la vie politique. 


Je suis avocat de formation et j’ai fait marginalement de l’aménagement commercial - j’ai exercé ce métier en attaque comme en défense, c’est-à-dire à la fois pour empêcher l’implantation de surfaces, comme pour en défendre la création à la Commission nationale et puis devant des juridictions administratives. Plus largement, j’ai beaucoup travaillé en droit public des affaires, sur un volet très orienté droit de la construction. 


Initialement, j’ai créé Les Jeunes avec Macron (JAM) car nous étions plusieurs à soutenir la loi Macron pour des raisons liées à l’exercice de la profession d’avocat, notamment la facilité d’accès à de nouveaux marchés qu’elle offrait aux jeunes praticiens.


Plus largement, la création du mouvement est intervenue à un moment où je ne me sentais plus en phase avec les Jeunes socialistes (JS). Nous avons signé un texte de soutien à la loi Macron et nous avons créé ce mouvement sans réellement penser à l’élection présidentielle, ce qui nous a protégé de beaucoup de choses. Nous nous sommes pris au jeu très tard lorsque François Bayrou a rejoint Emmanuel Macron en février 2017. 


Je suis par la suite élu député et je deviens vice-président de l’Assemblée nationale en 2017. Dès le premier mandat, je me suis opposé aux restrictions de libertés proposées par le gouvernement et notamment à l’usage des outils technologiques ; les mesures de défense des libertés publiques ont en effet été une caractéristique de mon parcours politique. Je suis ensuite arrivé à la Commission des lois, et nous avons voté certaines des lois les plus importantes des deux quinquennats Macron entre 2022 et 2024 : la loi d’orientation du ministère de l’Intérieur, la loi d’orientation du ministère de la Justice, la loi organisant les Jeux olympiques de 2024 (notamment son volet dédié à la protection collective), ainsi que plusieurs aménagements qui ont montré la flexibilité de notre pays face aux potentiels actes d’ingérence et aux risques d’attentat.


Il y a également eu la loi immigration, qui a peut-être été le plus grand fiasco de cette époque. Initialement, la découpe du texte avait été imposée au ministre de l’Intérieur, et quand ce dernier a prévu l’expulsion des étrangers délinquants, je l’ai accepté, malgré mon prisme de gauche. En contrepartie, la simplification devait être accompagnée d’un droit opposable à la régularisation des travailleurs étrangers, à commencer par les métiers en tension, en prévoyant des autorisations de travail pour les demandeurs d’asile. C’était un fiasco car à la fin nous n’y sommes pas parvenus et les mesures reprises par le Sénat ont été celles de la droite radicale voire de l’extrême droite. C’était un premier évènement qui a semé des petits cailloux sur le chemin de la dissolution…


De plus, j’ai eu beaucoup de différences politiques à cette période avec l’ex-majorité présidentielle, notamment sur la nécessité de faire une nouvelle réforme de l’assurance chômage et sur la remise en cause de la notion de cyclicité (les indemnités sont baissées lorsque le chômage baisse et augmentées s’il remonte). Ces différences ont également touché la justice des mineurs, la transition écologique, la fiscalité… Tout cela a fait qu’après la dissolution, j’ai pris acte que je ne voulais plus retourner dans le groupe Renaissance. 

Par ailleurs, l’année 2024 a eu pour incidence une sortie du tripartisme politique. Ce tripartisme ne datait pas de 2017 car Emmanuel Macron avait été élu avec les voix de la gauche, mais de 2019, année de la construction de la campagne européenne autour de la résistance au Rassemblement national (RN). Cela a eu pour effet de marginaliser la gauche avec un centre qui a aspiré toutes les forces politiques pour résister au RN. 


Quel a été l’enjeu depuis votre départ du groupe Renaissance ? 


Lors des législatives de 2024, je n’avais pas encore abandonné l’étiquette Renaissance. En revanche, j’avais écrit dans mes tracts que j’étais contre la réforme de l’assurance chômage et pour l’augmentation de la fiscalité sur le capital et le patrimoine, parmi d’autres mesures… Sur la réforme des retraites, j’estime que la seule réforme que nous aurions dû faire était celle de 2020 : je rejoins une partie de l’ex-majorité présidentielle sur la question de la suppression de l’âge légal et sur la question de la durée de cotisation. Je bats cependant en brèche la capitalisation : si nous la mettons en place, tous ceux qui auront les moyens de souscrire à ce régime le feront et ils n’auront plus intérêt à cotiser au régime général.


Depuis ce départ, tout l’enjeu a été d’abord de recréer une gauche qui n’existait plus - qui est résolument une gauche de gouvernement. Ce n’est pas une gauche anticapitaliste mais une gauche pour l’économie sociale et un marché régulé. Une gauche qui assume une dimension écologiste et qui, afin de parvenir à la décarbonation, fait un aggiornamento clair sur son rapport au nucléaire. Une gauche qui a un discours sur les forces de police, et qui peut s’opposer à des lois comme celle sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre avec des arguments clairs et juridiques. Une gauche qui assume d’être pro-européenne et qui n’est pas souverainiste, au sens national du terme - un schisme politique issu de la fin du référendum perdu de 2005 et qui traverse profondément les courants de gauche.


De plus, il existe aujourd’hui toute une série de domaines sur lesquels des économies nous paraissent possibles. Nous en excluons délibérément l’Éducation nationale. On pourrait penser que la baisse démographique entraîne une réduction des budgets de l’Éducation nationale mais ce n’est pas le cas. Compte tenu des besoins en matière d’encadrement des enfants et de rémunération des enseignants, notamment pour restaurer l’attractivité du métier, la seule stabilisation des budgets constituerait déjà, en soi, une réponse politique importante.


J’ajoute, sur la question des enseignants, que j'ai été à l’origine du Pacte enseignant en 2022, mais pas tel qu’il a finalement été mis en œuvre. L’idée initiale consistait en une revalorisation de 10 % pour l’ensemble de la profession, tout en intégrant une série d’obligations réglementaires de service ouvrant droit à des rémunérations complémentaires. Je pense notamment à l’aide aux devoirs, à la surveillance des cours de récréation dans le premier degré. Cette mesure aurait permis de valoriser financièrement un travail que beaucoup d’enseignants accomplissent déjà. 


Or, lorsque le pacte a été mis en œuvre par le ministre de l’Éducation nationale Pap Ndiaye, les 10 % annoncés se sont réduits à 2 %, et les tâches supplémentaires envisagées ont été limitées au seul remplacement de courte durée. Le dispositif, en somme, n’a pas fonctionné tel qu’il avait été pensé au départ. Ce sont pourtant des mesures qui pourraient utilement être reprises aujourd’hui, car elles sont prêtes. Et elles ne coûteraient pas cher : même à enveloppe globale constante, l’évolution démographique permettrait de les financer très aisément.


Quelle est votre analyse du début de la campagne présidentielle ? 


Nous partons de 2024, moment où la gauche n’existe pas en dehors de son ralliement à Jean-Luc Mélenchon. Raphaël Glucksmann a réussi à créer un nouvel espace politique et à le faire demeurer pendant deux ans à un étiage au-dessus de 10%, s’approchant des 14%. Il reste encore beaucoup de choses à clarifier, à accélérer, mais nous ne sommes pas en retard. Il y a une forme de cristallisation de la vie politique : il faut prendre le temps de bien préparer les choses, ce qui était aussi l’objet du délai de trois mois avant que Raphaël Glucksmann ne se porte candidat. Ensuite, il y a le temps de l’installation de la candidature, la préparation de la société civile qui va nous soutenir, les mouvements écologiques et les mouvements syndicaux : c’est aussi un moment très important, il ne faut pas être trop tôt sur le devant de la scène. 




Commentaires


bottom of page