« Cette transition doit nous permettre de changer de modèle de société »


Frédérique Lardet, Présidente du Grand Annecy



« Libérée ! Délivrée ! Concentrée aussi. Il faut qu’on avance pour le territoire » avez-vous déclaré après que votre opposant politique ait été débouté par le Conseil d’Etat. Vous allez donc quitter votre mandat de parlementaire pour vous consacrer pleinement au grand Annecy. Quel regard portez-vous sur votre mandat de parlementaire et sur celui d’élue locale ? Ces mandats sont-ils complémentaires ? Regrettez-vous le temps du cumul des mandats ?


Pour commencer, ce fut pour moi une première expérience marquante et un honneur d’avoir pu contribuer à certaines avancées majeures pour notre pays, pour mon territoire. Dans le cadre de ce premier mandat, j’ai pu aussi découvrir l’extrême complexité des sujets à traiter pour engager notre pays et les Français dans une transition environnementale, économique et sociétale qui s’impose à tous. Cette transition, on ne le dit pas assez, doit nous permettre de changer de modèle de société, c’est en ce sens qu’en tant que parlementaire j’ai été amenée à voter un certain nombre de lois majeures pour accompagner nos concitoyens, nos entreprises à s’engager vers de nouveaux usages, créant ainsi de nouvelles opportunités de croissance, de nouveaux business models. La crise sanitaire que nous traversons est venue accélérer les prises de consciences à tous les niveaux, et permet ainsi une redistribution des moyens financiers sur nos enjeux majeurs : réindustrialisation, protection de notre environnement et de notre qualité de vie, formation…


Une amertume, le rôle du Parlement demeure faible, il ne faut pas avoir peur de le dire, notamment dans le cadre de cette mandature où la majorité présidentielle était écrasante. Nous n’avons pas pu réduire comme prévu le nombre de parlementaires, ce sujet devra revenir sur la table tout en définissant plus clairement le rôle du Parlement, notamment dans son rôle de contrôle qui reste à parfaire.


Mon mandat de députée me permet aujourd’hui d’assurer et d’assumer la présidence d’une agglomération de poids (210 000 habitants). Le lien est clair, nous appliquons localement ce que nous votons nationalement. Comprendre la loi me paraît être indispensable pour pouvoir l’appliquer territorialement, sans être sous la coupe d’une administration qui peut être toute puissante face à des élus locaux insuffisamment préparés.


Si mandat local et mandat national sont donc complémentaires, je ne regrette en aucun cas le temps du cumul qui est difficile à accomplir dans la longueur et la qualité. On ne peut pas être partout. Par contre, je garderai toute mon attention sur les prochains projets de lois pour alerter les futurs parlementaires et leur donner un avis et un retour du terrain. Car in fine, ce sont les élus locaux qui appliquent.


Présidente du Grand Annecy, considérez-vous que l’ensemble des politiques publiques s’inscrivent désormais dans la concertation publique ? Comment gérez-vous à l’échelle de votre EPCI l’ensemble des parties prenantes ?


La majeure partie des politiques publiques s’inscrivent dans la concertation publique. Le législateur a bien travaillé dans ce sens, en inscrivant clairement dans les textes l’obligation pour les plus grandes agglomérations de mettre en place des concertations au travers de diverses instances ; conseil de citoyens, comité des partenaires de la mobilité, etc. Au niveau du Grand Annecy, toutes ces instances sont mises en place et travaillent à nos côtés pour apporter leurs contributions lors de la rédaction de nos documents de planification, mais aussi dans le cadre de la création d’infrastructures majeures.


Les leviers d’attractivité d’un territoire s’inscrivent aujourd’hui dans la qualité de vie, les transports, les équipements publics… Mais également dans le dynamisme économique, la recherche et l’innovation. Tous ces paramètres sont-ils conciliables à l’échelle d’un territoire ?


Oui tous ces paramètres sont conciliables, le seul frein qui s’impose à nous : nos capacités financières. C’est pour cette raison que nous nous inscrivons dans le cadre de plans pluriannuels d’investissements, pour prioriser sur un ou plusieurs mandats nos actions dont le cumul se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros pour une agglomération telle le Grand Annecy.


Les transformations environnementales et l’urgence climatique justifient l’introduction d’un agenda de réformes et de mesures visant à accélérer la transition des économies et des sociétés vers la neutralité carbone à horizon 2050. Quelles initiatives et projets proposez-vous dans ce cadre du Grand Annecy ?


Nous avons deux documents de planifications majeurs à mettre en actions : le PDM qui se décline aussi dans le PCAET que nous venons de voter. Notre PCAET est ambitieux, il prévoit une baisse des GES à hauteur de 45% d’ici à 2030. Pour ce faire, nous devons investir dans des infrastructures de mobilité lourdes et coûteuses, faire en sorte que nos habitants puissent changer leurs comportements, consommer moins d’énergie et mieux. Pour cela, nous travaillons sur un schéma directeur des énergies qui doit s’inscrire dans la SNBC votée elle aussi par le législateur.


La crise sanitaire semble nous avoir fait entrer dans une société du bien-être et de la bienveillance… alors même que nous vivons une période particulièrement violente que ce soit dans les débats politiques, sur les réseaux sociaux etc. où de nombreuses fractures blessent le vivre-ensemble. Comment dépasser cette contradiction ?


Bien-être sûrement, bienveillance, permettez-moi d’en douter. Nous vivons dans une société où l’individualisme a atteint son paroxysme. En tant qu’élue, j’ai découvert une société française découragée par « des minorités qui empêchent » sous couvert de la préservation de leurs droits individuels. Bien heureusement, j’ai eu de nombreux contacts avec cette majorité de Français qui sont l’expression d’une France forte, prête à déplacer des montagnes pour transformer notre pays. Les réseaux sociaux sont une plaie pour notre évolution, ils ont été cannibalisés par une frange de la population qui ne souhaite ni le bien-être d’autrui, ni la bienveillance. Je rêverais de développer une application où seul le débat éclairé et apaisé permettrait à chacun de se forger sa propre conviction dans la bienveillance.


Vous avez déposé une proposition de loi en novembre dernier qui vise à créer un « titre-télétravail » de 600 euros par an. Il couvrirait plus largement les frais liés à la pratique du télétravail, aussi bien dans un espace de coworking que dans un télécentre, et plus uniquement ceux liés à l’activité à domicile. A quel objectif votre initiative répond-elle ?


Apporter plus d’équité entre télétravailleurs. Le droit commun permet de défrayer à hauteur de 2,5€ par jour les télétravailleurs, mais en fait, tout le monde ne dispose pas d’un environnement personnel propice au télétravail (surface du domicile trop petite, présence des enfants, crainte de l’isolement, etc.). Le forfait que je propose permettrait aussi de télétravailler à proximité immédiate de son domicile dans les espaces de coworking de proximité, tout en étant pris en charge comme à son domicile.


Vous faites parties de ces nouveaux élus, venus de la société civile et portés par la vague législative d’Emmanuel Macron. Quel bilan faites-vous de cette mandature ? Quels thèmes de campagne devra porter le candidat En Marche pour convaincre les Français d’un second mandat ?


L’essentiel du programme présidentiel que j’ai supporté a été voté. C’est pour moi une chose essentielle : respecter nos engagements.


Dans le cadre d’un second mandat présidentiel, la réforme des retraites devra s’engager, les aspects sécuritaires devront être renforcés, les fonctions régaliennes avec l’ensemble des métiers indispensables à la nation devront être reconsidérés, le rôle de contrôle du parlement devra être effectif, et bien entendu, il faudra accentuer la décentralisation et la différenciation territoriale. Nous allons devoir assumer le remboursement de la dette « covid » ; pour ce faire, cela doit passer par une baisse des dépenses publiques, mais aussi et surtout par la croissance de notre PIB. Sur ce point, le gouvernement actuel a donné des engagements clairs.