Que Vichy devienne la station thermale et touristique de référence du XXIème siècle





Interview de Frédéric Aguilera, Maire de Vichy



Vous avez été élu maire en octobre 2017 en remplacement de Claude Malhuret, puis vous avez été élu en 2020 avec plus de 74% des suffrages. Parmi les grandes priorités de votre mandat, vous souhaitez que Vichy redevienne la « reine des villes d’eau ». Qu’entendez-vous par là ?


Ce n’est pas par nostalgie, c’est la volonté que Vichy devienne la station thermale et touristique de référence du XXIème siècle à l’échelle nationale et européenne. Toute notre stratégie et notre projet de Ville AGIR 2035 tend à cet objectif. Pour cela, il y avait deux étapes incontournables : être enfin maître de notre destin thermal, en devenant propriétaire du Domaine Thermal (après 500 ans dans le giron de l’État) et l’inscription de Vichy et des Grandes villes d’eaux d’Europe au Patrimoine mondial de l’UNESCO, atout formidable pour le tourisme et l’image internationale de Vichy.


Maintenant, nous pouvons engager les grands projets, avec nos partenaires, et notamment le programme ambitieux de « Renaissance du cœur thermal », à la fois urbanistique, patrimonial, culturel, touristique et économique (des investissements de près de 120 millions d’euros).


Restauration du Parc des Sources (qui débutera au 1er trimestre2023), modernisation des thermes, valorisation de notre richesse patrimoniale, création d’un espace muséographique, développement du casino et du fer à cheval, transformation des espaces publics… Audacieux, ce projet permettra de construire le Vichy de demain.


La dimension sportive est très importante pour Vichy et son agglomération. Vous êtes labélisés « centre de préparation aux jeux olympiques ». Les infrastructures seront-elles au rendez-vous de ce défi sportif ?


Le sport s’inscrit dans la même stratégie : c’est un vecteur d’attractivité au même titre que le thermalisme et le tourisme et un atout pour le rayonnement international de la ville. C’est pourquoi, toujours avec nos partenaires, notamment la Région Auvergne-Rhône-Alpes et l’Etat, nous avons engagé un vaste programme de modernisation du Centre Omnisports et du CREPS afin de positionner Vichy comme une destination de référence pour la haute performance sportive. L’ensemble du projet a aussi pour ambition d’être totalement adapté pour le Handisport.


Notre image sportive nous permet d’accueillir les plus grandes compétitions (comme les Global Games en 2023) et les meilleurs sportifs (cette année, équipes de France de natation, d’escrime et de judo, de Chine d’aviron et de judo… entre autres), notamment grâce à la labellisation Centre de préparation aux Jeux dans 42 disciplines –un record !- dont 17 paralympiques. Ainsi, l’équipe américaine de Triathlon vient de choisir Vichy pour préparer les JO de Paris.


En 2021, Vichy a également été labélisée au patrimoine mondial de l’Unesco parmi les 11 grandes villes d’eau d’’Europe qui en font partie. Au-delà de la culture des eaux, c’est un art de vivre qu’a cherché à valoriser l’Unesco. Il aura fallu plusieurs années pour que cette candidature aboutisse. Pouvez-vous nous décrire les coulisses de cette réussite ?

Quelles sont et quelles vont être les conséquences pour la ville et son agglomération ?


C’est en effet l’aboutissement de longues années de travail pour construire, avec les 10 autres Grandes villes d’eaux d’Europe, un dossier cohérent. C’était passionnant de définir à la fois les points communs, notamment autour de l’acte de « prendre les eaux », et les atouts spécifiques de chaque ville. Ces stations à la mode dédiées à la santé, aux loisirs et à la sociabilité ont créé des prototypes architecturaux et une typologie urbaine sans précédent. Elles ont été les pionnières du tourisme moderne. Cette inscription constitue un levier supplémentaire de développement pour la ville et cela s’est ressenti dès le lendemain de l’annonce sur la fréquentation touristique ! Nous devons désormais capitaliser sur l'inscription pour impulser de nouvelles actions à l’échelle nationale et internationale.






En 1959, le Général De Gaulle avait déclaré sur le parvis de l’hôtel de ville de Vichy « Vive Vichy ». Pourtant, l’expression stigmatisante de « régime de Vichy » est encore très utilisée. Comment comptez-vous agir, afin que cette expression ne soit plus utilisée et rappeler notamment qu’à Vichy, 80 parlementaires ont refusé les pleins pouvoirs à Pétain ?


C’est un travail de longue haleine. Depuis des années, nous avons engagé un travail de Mémoire. D’abord à travers la cérémonie d’hommage aux 80 Parlementaires, puis en consacrant une place à Michel Crespin, plus jeune Vichyssois déporté, mort à Auschwitz en 1944, à l’âge de 5 mois. Ensuite en donnant au parvis du Grand Casino – Opéra le nom, ô combien symbolique, de Simone Veil et en renommant « Allée des Justes parmi les Nations » la promenade qui longe l’Allier et le Pavillon Sévigné, où logeait Philippe Pétain. C’est dans cet esprit que nous venons de décider d’un partenariat entre le Mémorial de la Shoah et la Ville de Vichy et que nous avons organisé en août un cycle de conférences sous l’autorité de Serge Klarsfeld pour commémorer les 80 ans des rafles du Vel d’Hiv et du 26 août 1942 en zone libre.


Nous ne sommes pas dans le déni. Nous refusons d’incarner, seuls, le travail de mémoire pour le compte de la nation.

Cette expression enferme la France et assigne Vichy sur ces 4 ans, alors que nous avons 2000 ans d’histoire.

Au moment où les populistes sont particulièrement présents, il est nécessaire de rappeler que c’est bien l’État, notre Etat français, qui a failli.


De nombreux élus, parmi lesquels le Président Valéry Giscard d’Estaing, ont par le passé souhaité rapprocher Vichy de Clermont Ferrand. Le Pôle métropolitain Vichy Clermont a été créé. Ce pôle dessine-t-il le seul futur espace de coopération et de développement économique des années à Venir ?


Ce pôle qui s’étend de Brioude à Vichy constitue un pôle d’équilibre à l’ouest de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Il sera un espace d’aménagement, de développement et de mobilité à construire pour les 30 prochaines années.


Vous êtes également vice-président de la région en charge des transports. Le renforcement de l’attractivité économique et touristique d’un territoire se traduit-il par une diversité des modes de transports. Comment concilier résilience et développement d’un territoire ?


Il faut faire de la transition énergétique un atout pour la qualité de vie et l’attractivité. Pour cela, nous devons réduire l’empreinte carbone des mobilités sur notre territoire.


Dès 2018, l’Agglomération a choisi l’électromobilité avec la mise en place sur la ligne principale de bus urbain de quatre bus électriques, afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Et nous allons continuer dans cette voie, en accompagnant le développement sur l’ensemble du territoire communautaire des bornes de recharge pour véhicules électriques.

Nous encourageons la pratique et les déplacements doux, en multipliant les itinéraires cyclables, en développant l’offre de location de vélos classiques, électriques et même hydrogène, grâce à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a installé une station de recharge et une flotte hydrogène au village vélo de Vichy Communauté.

Une expérimentation est également menée sur la location de trottinettes électriques.


De plus, Vichy est la ville où l’on se déplace le plus à pieds… une spécificité que nous entendons renforcer en sécurisant et développant les parcours bien-être et sport-santé, afin de privilégier la marche pour les déplacements du quotidien.


Enfin, nous sommes, aussi bien sur le territoire vichyssois qu’à l’échelle de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, particulièrement attentifs à l'émergence de la filière hydrogène ou GNV.


Selon un sondage d’Odoxa, 94% des maires font de la transition énergétique une priorité de leur mandat. Comment une ville comme Vichy et son agglomération abordent le sujet de la transition énergétique ?


Vichy est déjà une ville verte. Mais cela nous oblige à être exemplaire dans notre lien à l’environnement. La question du réchauffement climatique est au cœur des préoccupations économiques et sociétales. Aussi, à l’échelle de l’agglomération, nous avons fixé une trajectoire ambitieuse sur les transitions, avec pour priorité l’eau et les énergies. Autonomie énergétique, biodiversité, transformation écologique de l’économie, programme alimentaire territorial, petits et grands cycles de l’eau, territoire carbone neutre, mobilités … etc sont nos enjeux pour les prochaines années.