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« Le monde de l’art joue très souvent le rôle de modélisateur des échanges de demain. »

Entretien avec Alexandre SAINTIN, docteur en Histoire et professeur agrégé, membre du collectif Art faber et auteur de Le vertige nazi. Voyages des intellectuels français dans l’Allemagne nationale-socialiste (Passés Composés, 2022).





Vous êtes membre du collectif Art faber. Pouvez-vous nous en présenter l’origine ainsi que la vocation ?


Il a été inventé au fil des années 2010 par des personnalités éminentes des mondes économique et artistique sous l’impulsion de Umberto Eco, Lourdes Arizpe (ancienne présidente du conseil mondial des sciences sociales, directrice générale de la culture à l’Unesco), et Jérôme Duval Hamel avec le Collectif de l’Art faber, composé de professeurs à l’université, de chercheurs, de femmes et d’hommes du monde de l’entreprise, d’artistes.

Notre activité consiste à analyser et à promouvoir ces œuvres relevant de l’Art faber, qu’elles soient anciennes ou contemporaines. Cette promotion se fait à travers des publications, des expositions, des événements, des enseignements, des conférences... Le projet de promotion a été lancé en 2021 à New York, ainsi qu’à Paris en Sorbonne, après la signature du Manifeste de l’Art faber le 1er Mai 2019.


Qu’est-ce que l’Art faber ?


L’Art faber rassemble les œuvres d’art ayant pour thème, principal ou secondaire, les mondes économiques, que l’on peut toujours décliner en secteurs (primaire, secondaire et tertiaire). Ces œuvres font référence à quatre champs d’expression : les paysages et architectures économiques, avec la question environnementale ; l’Homo faber, ou les acteurs économiques, autour de la question sociale ; les activités économiques (production, vente, distribution, crises économiques) ; enfin les artefacts (produits et services).


Tous les arts sont concernés, et particulièrement les Beaux-Arts, la Littérature par tous ses genres, la Photographie, le Cinéma, la Musique, la BD, les Spectacles vivants. Umberto Eco a rappelé qu’une œuvre est ouverte à toute qualification. Par conséquent, il appartient, entre autres, au Collectif de l’Art faber de qualifier une œuvre comme relevant de l’Art faber. Cette qualification a posteriori est une pratique fréquente en arts et elle est même recommandée : elle permet d’enrichir nos patrimoines.


Le terme faber exprime en lui-même le cœur des mondes économiques : le productif. Ce qualificatif renvoie au concept philosophique et anthropologique d’Homo faber – porté notamment par le prix Nobel Henri Bergson qui affirme la centralité du productif dans l’histoire humaine. Cette terminologie est internationale. Elle a été validée par un groupe de personnalités des arts et de l’économie sous la présidence de Cloé Pitiot, Conservatrice du Centre Pompidou, en 2018.





L’Art faber est-il un art, sinon politique, particulièrement engagé ?


Nous abordons tous les sujets de façon pluridisciplinaire, et toutes les opinions défendues par les artistes. Il ne s’agit en aucun cas de nous positionner davantage dans le camp des critiques du fonctionnement des lois de l’économie, ou à l’inverse de soutenir un projet entrepreneurial marqué. Sans naïveté sur les soubassements politiques ou idéologiques des œuvres, des auteurs comme des artistes, nous embrassons toutes les expressions artistiques et portons attention à tous les relais d’opinion, de façon à en proposer à la fois notre analyse et, littéralement, les « donner à voir ».





La production artistique contemporaine se fait-elle le porte-voix des nouvelles représentations et réalités du monde de l’entreprise ?


Oui énormément, pour en citer trois exemples : en littérature avec l’exceptionnel À la ligne. Feuillet d’usine, de Joseph Ponthus, œuvre majeure de l’expérience du travail manuel, récompensée par le Prix du roman d’entreprise et du travail en 2020 et lauréat du Prix Eugène Dabit ; en dessin avec l’artiste Juliette Green, que nous publions et qui sera présente le 23 mars prochain pour l’édition 2023 du Salon international du dessin contemporain Drawing Now, à Paris ; enfin le peintre allemand Neo Rauch, l’un des plus grands artistes contemporains de la Nouvelle École de Leipzig, relayant une ligne figurative et critique née en RDA, et désormais attaché aux métaphores du travail quotidien.


L’émergence de la notion de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) n’est-elle pas aussi une invitation, pour ces dernières, à approfondir leurs liens avec le monde artistique ?

Oui, d’autant que nous avons réalisé deux enquêtes auprès d’un panel européen de 1.000 personnes des secteurs économiques et culturels, à deux occasions en 2000/01 puis en 2017/18. Ce que ces enquêtes montrent, c’est que les artistes sont devenus des parties prenantes (stakeholders). Inspirant, créateur, lanceur d’alerte, le monde de l’art joue très souvent le rôle de levier de valeurs, de protecteur des intérêts sociaux, de modélisateur des échanges de demain. Les arts racontent les mondes économiques autant qu’ils les façonnent.


Quelles formes la promotion de l’Art faber, par votre collectif homonyme, endosse-t-elle ?


Plusieurs éditeurs nous ont fait l’honneur d’établir un partenariat autour de ces projets : BEAUX ARTS MAGAZINE ; ACTES SUD ; OPUS ART FABER. En plus d’un Petit traité de l’Art faber publié chez Actes sud, plusieurs numéros spéciaux du magazine Beaux-Arts ont vu le jour autour des 150 ans d’Impression Soleil Levant de Monet (2023), de l’exposition Allemagne années 20 (2022) au Centre Pompidou, ou encore de l’œuvre riche du photographe Nadar. Nous participons enfin à plusieurs rencontres artistiques, salons et conférences, tout au long de l’année.


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