Le mandat de Maire est certainement le plus dur, mais le plus beau aussi

Interview de Monsieur Cédric Pemba-Marine, Maire de Port Marly



Interview réalisée par Brice Soccol



Vous êtes « l’enfant de la ville » devenu maire de Port Marly. Comment est né votre engagement politique ? Que représente pour vous le mandat de Maire et comment avez-vous souhaité exercer cette fonction ?


Avant d’être politique, mon engagement était en effet déjà celui d’un enfant de la ville qui avait envie de lui rendre, autant que ce qu’il avait reçu d’elle. Grandir dans un environnement pareil m’a indéniablement permis de faire les bonnes rencontres et surtout d’emprunter le bon chemin. Et de ce point de vue, comme de beaucoup d’autres encore, je dois énormément à ma très chère maman, une femme formidable qui m’a sans doute transmis son goût d’aider les autres. C’est de tout cela que naît mon engagement politique, mais aussi d’une rencontre, celle que j’aime à appeler « Madame mon Maire », Marcelle Gorguès, qui est venue me chercher alors que j’étais engagé dans le milieu associatif local. J’ai tout de suite pris goût à la vie municipale. On entend beaucoup dire que le mandat de Maire est certainement le plus dur, mais le plus beau aussi. Avec le recul que ces deux dernières années m’offrent, je ne peux que le confirmer. J’ai à cœur d’exercer ce mandat, non comme un « Maire normal » pour paraphraser un de nos derniers Présidents de la République, mais comme un homme attentif au bien-être de l’autre, soucieux de toujours faire de son mieux, conscient que ce n’est pas évident et que satisfaire tout le monde ne sera pas toujours possible. Mon seul horizon reste ce que je crois être l’intérêt général, en toutes circonstances.


Vous avez décidé de devenir membres de l’AEF (association des élus de France) qui incarne la diversité culturelle au sein des différentes territoires. Pourquoi avez-vous pris l’initiative d‘adhérer à cette association d’élus ?


Quand on voit ce dont sont capables les membres de l’AEF, on n’hésite pas une seule seconde à joindre ses forces à cette belle aventure humaine. Dépasser les clivages partisans pour toujours plus se tourner vers l’autre, ce n’est quand même pas si commun dans l’espace politique. La France sera toujours plus belle dans et avec sa diversité, et je ne parle pas là que de diversité « ethnique » ou culturelle. J’avais, de plus, de nombreux amis à l’origine de cette association ou qui l’avaient rejointe. Je ne pouvais que sauter le pas à mon tour.


Les élections législatives ont été un « tsunami politique ». Le "ni de droite, ni de gauche" semble se heurter aux conséquences de l'élection populaire, au retour des partis et peut-être au clivage droite/gauche. Quelle votre analyse de ce scrutin ?


Je ne crois pas que l’on assiste à un retour des partis et je ne crois pas non plus qu’ils aient un jour disparus. Ils ont toujours existé. On assiste juste à un rééquilibrage de l’influence des uns et des autres. Est-ce que c’est un Tsunami, comme on a pu le connaître en 2017 avec la vague de la majorité présidentielle, je ne le crois pas. Ce qui est certain, en revanche, c’est que bien que l’on constate un désintérêt des Français pour ces élections, ceux qui se sont rendus aux urnes, ont par leur suffrage adresser un message qu’il faut entendre et qu’à bien des égards, je partage. Ce message, c’est qu’on ne peut continuer comme avant. On ne peut continuer avec ces campagnes électorales où les candidats ne parlent qu’à leur propre camp, à ceux de leur parti, en espérant d’eux seuls une mobilisation pour se rendre aux urnes. Faire de la politique, ça ne doit pas être, a fortiori au niveau national, tout faire pour faire gagner son camp, mais tout faire pour faire gagner son pays. On a beaucoup trop tendance à vouloir cliver plutôt que rassembler. Et ça forcément, un jour, ça se paye. Au final, personne n’y gagne réellement. Les mois à venir nous diront si ce message a été entendu et si la classe politique a été capable de travailler ensemble, dans l’intérêt de notre beau pays qui, ne nous y trompons pas, est bien plus proche du paradis que de l’enfer auquel certains voudraient nous faire croire. Il suffit, pour cela, de s’ouvrir sur le monde, de se rendre à l’étranger, pour voir à quel point, ils parlent bien mieux de notre pays que nous-mêmes.


En tant que Maire, quels sont pour vous les grands enjeux des politiques territoriales ? Quels devraient être les priorités de l’action publique locale ?


Il faut redonner de la visibilité à l’action publique locale et de la liberté aux communes, « cellules de la République ». Il en va de la vitalité et de l’attractivité de la démocratie locale. A ce prix-là, les Français retrouveront goût à l’exercice de leurs droits et devoirs de citoyens, ils s’investiront davantage et feront davantage société ensemble. Ça semble être de grands mots ou de grands concepts mais je crois qu’ils sont particulièrement ancrés dans la réalité, en tout cas, celle que je constate et vis depuis près de 15 ans d’engagement au niveau local. Il nous faut également renouer avec un service public de qualité, auquel on donne les moyens de remplir ses missions en conservant toute sa part d’humanité. J’ai trop souvent constaté la grande déshumanisation du service public en cours, souvent dans des Administrations moins proches du terrain, notamment au sein d’Administration centrale où beaucoup de femmes et d’hommes qui y servent sont dotés d’un grand sens du service public, mais se meurent des conditions dans lesquelles ils doivent exercer. On essaie évidemment de faire bien mieux au niveau local.



La démocratie participative est aujourd’hui un des outils de l’action publique. Comment inscrivez-vous la participation citoyenne dans le cadre de l’élaboration de votre politique territoriale ?


Je crois que je ne connais en réalité aucune démocratie qui ne soit réellement participative. On a érigé le concept lorsqu’on s’est aperçu que les électeurs ne se rendaient plus aux urnes et que cela offrait une assise moins confortable à l’exercice du pouvoir. La vérité, c’est que la Vème République est fondée sur le principe de la démocratie représentative et qu’on paraît parfois assister à une crise de la représentativité. A titre personnel, je crois profondément en ce principe de démocratie représentative qui fait que certains décident d’accorder davantage de leur temps et de l’énergie à la gestion des affaires de la cité. Et à ceux-là, il ne faut leur enlever ni leur légitimité à faire, ni leurs prérogatives nées de cette légitimité électorale. En revanche, je crois utile d’être davantage au contact et à l’écoute de celles et ceux dont on entend servir les intérêts. Alors si par participatif, c’est cela qu’on entend, je crois que c’est ce qu’on s’attache à faire au Port-Marly en accomplissant notre mandat, tout en permettant sur certains sujets, à la population de s’exprimer plus particulièrement.


Dans la perspective des Jeux Olympiques de 2024, vous avez pris l’initiative avec les élus de l’agglomération Saint Germain Boucles de Seine de mettre en place plusieurs actions en vue de lutter contre les pollutions fluviales. Pouvez-vous nous décrire ces actions dans le cadre des « États généraux de la Seine » ?


Les « États généraux de la Seine » sont le pendant des « États généraux de la Forêt » ou « des Forêts » qui avaient été portés par certaines villes de l’interco comme Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi. C’est mon collègue Arnaud Péricard, Maire de Saint-Germain-en-Laye qui m’a suggéré de nommer ainsi notre initiative commune. Elle est née du fait que j’en avais marre que l’on constate crue après crue, qu’après l’indignation ponctuelle de découvrir le volume de déchets notamment plastiques jetés à la Seine en direction de la mer, rien n’était réellement fait. Alors, je me suis dit qu’à plusieurs, on pourrait peut-être mieux porter ce sujet, surtout à l’approche des Jeux Olympiques 2024. Et rapidement, de nombreuses communes nous ont rejoint, sur ce sujet co-porté avec mes collègues de Montesson (Nicole Bristol) et Saint-Germain-en-Laye. Puis, après quelques temps, on s’est aperçu que tous les membres de la communauté d’agglomération avaient observé attentivement nos travaux et souhaitaient en faciliter le portage au niveau intercommunal. Cela consistera en diverses actions de sensibilisation, de prévention, mais aussi curatives. On organisera également un hackaton en lien avec des grandes écoles et universités pour imaginer des solutions à ce fléau par l’intelligence collective.


Port Marly a été pendant des années la face cachée de Versailles au XVIIème siècle. « Le fleuve permettait de naviguer confortablement mais aussi d'acheminer les matériaux et les denrées vers Versailles », explique Josette Desrues, la présidente de Port-Marly mémoire vivante. Comment retrouver aujourd’hui l’attractivité du fleuve ?


Et c’est à présent Versailles qui devient la face cachée du Port-Marly 😉 ! Non, plus sérieusement, si, à l’époque la ville s’inscrivait dans le rayonnement absolu de Versailles, d’autres grandes villes se sont développées autour, captant à leur tour l’attention, puis peu à peu nous avons souhaité renouer avec le fleuve. La Seine est bel et bien au cœur de toutes nos préoccupations et notre intercommunalité en tire même son nom, d’abord « Saint Germain Seine et Forêts » puis « Saint Germain Boucles de Seine ». Le cœur de ville dont nous manquions cruellement a récemment été aménagé en tournant les regards vers la Seine, avec une place du marché en bord de Seine et un chemin cycliste et piéton totalement réaménagé qui facilite la circulation entre les communes riveraines de la Seine. On sent une très forte attractivité autour du fleuve. Notre ville est d’ailleurs l’une de celles qui accueillent le plus grand nombre d’habitants bateliers. Ils y vivent tout particulièrement bien et j’engage tous ceux qui en auraient l’opportunité à rendre visite à l’un d’eux. On réalise mieux au contact de l’eau combien la Seine est un joyau. Il reste beaucoup à faire pour le magnifier et en faire un usage optimisé. Je pense notamment au transport fluvial, à mon sens, insuffisamment développé en France.


Pour permettre aux acteurs de chaque territoire de créer de l'emploi localement, il faut penser la combinaison de politiques de développement économique, de logement, de transport, d'accès aux services publics…Comment abordez-vous ce sujet au sein de votre ville et de votre agglomération ?


Au Port-Marly comme ailleurs, on est attaché à la vitalité du tissu économique, non pour les recettes que cela génère, puisque les communes ne les perçoivent plus directement, mais parce que cette vitalité est en lien direct avec l’attractivité de la ville. Une ville où rien ne se passe, dépourvue de toutes activités économiques, est une ville qui se meurt ou à tout le moins une ville dortoir comme on a pu qualifier notre ville auparavant, alors même que les commerces commençaient à y disparaître. Aujourd’hui, nous sommes fréquemment sollicités par de nouveaux acteurs désireux de s’installer dans notre ville-village, qui retrouve une belle vitalité. La communauté d’agglomération est un soutien formidable pour tout cela. Nous avons récemment eu à traiter conjointement des sujets d’installation d’activités qui ont aujourd’hui trouvé toute leur place dans la ville. Tout cela se passe toujours en lien étroit avec les élus locaux et c’est appréciable, alors même que cette compétence échoit pleinement à l’interco. Les commerçants sont également associés aux choix faits par nous, notamment à travers une commission extramunicipale, mêlant élus et commerçants, que nous avons souhaité créer dès les premiers jours de la mandature. Elle trouve peu à peu sa place et travaille en étroite relation avec l’interco, mais également la Région et les instances consulaires, notamment la CCI et la CMA. Et on sait que tout cela favorise clairement la création d’emploi sur la commune, comme ce fut le cas il y a quelques années maintenant avec l’implantation d’une moyenne surface en entrée de ville.