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« Le courage, c’est de prendre le risque de l’impopularité́ au service d’un projet collectif. »

Entretien avec Mathieu Lefèvre, député du Val-de-Marne (Renaissance)





Le Président de la République parle d’une « contrainte de réformer le régime des retraites » actuel. Les racines de la contrainte évoquée se pensent-elles à l’échelle du régime des retraites, comme défendu récemment, ou bien à celle du budget global de l’État, comme défendu initialement ?


Notre système de retraite par répartition, auquel la majorité est pleinement attachée, fait face à un défi démographique majeur : aujourd’hui, il y a 17 millions de pensions à verser, dans les années 2030, il y en aura plus de 20 millions et nous avons de moins en moins d’actifs pour assurer leur financement (4 pour un retraité dans les années 60, moins de 1 aujourd’hui). Cette contrainte démographique se traduit par un déséquilibre budgétaire de l’ordre de 150 milliards d’euros d’endettement en plus d’ici 10 ans si nous ne faisons rien. Ce défi dépasse donc largement le seul équilibre des comptes de l’État ou de la Sécurité sociale. Il en va de la pérennité de notre modèle social.


Par ailleurs, le chef de l’État a déploré que la majorité n’ait pu partager la contrainte de mener cette réforme, ni avec d’autres partis politiques ni avec quelque organisation syndicale. Quelles sont, selon vous, les raisons de cette impossibilité ?


Certains membres d’anciens grands partis de Gouvernement ont privilégié une aventure personnelle à l’intérêt supérieur du pays, qu’ils défendaient encore il y a peu, alors même qu’ils savent cette réforme pertinemment indispensable. Les Républicains ont fait d’importantes réformes des retraites, les socialistes également. Aucune alternance n’a d’ailleurs remis en cause ces réformes successives.


Le Président de la République disait percevoir l’expression d’un « besoin de justice » chez les manifestants contre la réforme et son adoption à la suite de l’utilisation de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution. Précisément, la réforme des retraites adoptée vous paraît-elle juste ? Comment entendez-vous les revendications des manifestants ?


Non seulement la réforme adoptée est juste parce qu’elle garantit que, demain, nous serons en capacité de verser les pensions de nos aînés, mais également parce qu’elle contient de nombreux droits et acquis sociaux nouveaux. Avec cette réforme, les petites pensions seront relevées et indexées sur l’évolution du SMIC. Avec cette réforme, les indépendants pourront bénéficier de la majoration de pension de 10% à partir de 3 enfants. Avec cette réforme, les femmes qui ont des carrières incomplètes seront protégées dans la mesure où le dispositif carrières longues intègrera les périodes de congés parentaux. Je pourrais continuer ainsi...


Aussi, le Président de la République a-t-il annoncé son souhait de réengager le dialogue avec les partenaires sociaux au sujet des conditions de travail et de l’évolution des carrières. Quelles sont désormais les positions de la majorité sur ces sujets ?


Notre rapport au travail a beaucoup évolué depuis plusieurs années, singulièrement depuis la crise sanitaire. À mon sens, les Français veulent désormais que leur emploi s’adapte à leurs aspirations et choix de vie plutôt que l’inverse. En un mot : plus de souplesse. De ce point de vue, l’expérimentation de la semaine de 4 jours menée par Gabriel Attal me paraît une réponse idoine à cette demande légitime. Il ne me semble pas que nos compatriotes aient basculé dans un refus du travail ou souhaité bénéficier d’un droit à la paraisse comme le proposent certains. Au contraire, ils savent bien que le travail reste une façon de se réaliser au plan personnel comme au plan collectif.


L’acceptabilité sociale du recours à l’article 49 alinéa 3 pour l’adoption de projets de lois, à de nombreuses reprises depuis la fin de l’année dernière, s’amenuise toujours davantage. Êtes-vous inquiet à propos de la faculté du Gouvernement à engager de nouvelles réformes ?


Le recours aux instruments offerts par la Constitution de la Ve République n’a rien de honteux, d’autant moins qu’il en va de l’avenir de notre modèle social. Il a cependant été rendu nécessaire encore une fois par l’inconstance de certains de nos partenaires politiques qui ont sacrifié l’intérêt supérieur du pays sur l’autel de leurs intérêts de court terme. Dont acte. Je veux cependant croire qu’émergera de ce moment politique une grande clarification entre, d’un côté, les femmes et hommes politiques de bonne volonté qui veulent obtenir des résultats au service des Français et ceux qui préfèrent se jouer de leurs colères sans jamais y répondre.


Le coût politique et social de cette réforme, au regard de son rendement financier, apparaît exorbitant pour certains, y compris des membres de la majorité. Quel est votre sentiment à ce sujet ?


Que nous aurait-on dit dans 10 ans ou dans 15 ans si nous n’avions pas été capable de verser les pensions des Français qui ont travaillé́ dur toute leur vie ? Nos successeurs auraient alors raison de critiquer notre manque de courage. Le courage, c’est de prendre le risque de l’impopularité́ au service d’un projet collectif. Le courage, c’est de refuser la fatalité́ de l’endettement sans limite, car la dette, ce seront les impôts de demain.


Une réforme des institutions ou, à défaut, une nouvelle approche de l’implication des citoyens et des corps intermédiaires dans l’élaboration des politiques publiques n’est-elle pas nécessaire ?


Vous évoquez une nouvelle approche, mais peu nombreuses sont les organisations syndicales qui ont accepté de participer à l’initiative innovante que le Président de la République a lancée : le Conseil National de la Refondation. Voilà une instance territorialisée, ouverte et destinée à répondre aux problèmes des Français. Investissons-la, investissons-la pleinement et donnons- lui la publicité qu’elle mérite. Je suis convaincu que notre démocratie en sortira grandie.


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