Le budget dédié à l’alimentation doit demeurer une priorité


Entretien avec Christophe Piednoël, Directeur général de la communication et porte-parole du groupe Lactalis.


Par Brice Soccol




Comment se porte le groupe Lactalis dans un contexte sanitaire incertain et le retour de la guerre, et avec elle d’une forte inflation, en Europe ?


Nos résultats 2021 affichent un chiffre d’affaires supérieur à 21 milliards d’euros pour un résultat net de plus de 400 millions, soit une rentabilité de 2 %. En 2022, nous subissons une augmentation de nos coûts de 15 à 20 %. Cela est totalement inédit. C’est pourquoi il est essentiel pour la survie de la filière alimentaire, donc des producteurs laitiers, que ces surcoûts soient répercutés par les distributeurs. La part de l’alimentaire dans le budget des Français ne cesse de diminuer et représente désormais 15% de leurs dépenses.


Comment le groupe Lactalis s’adapte-t-il, dans le contexte d’inflation généralisée que nous évoquions, à cette baisse ?


Nous devons effectivement améliorer notre productivité, ce que nous faisons. Nous prenons notre part à l’effort. Cependant cela ne suffit pas à rétablir les équilibres économiques. Il faut faire comprendre aux consommateurs que pour bénéficier d’une alimentation saine et durable, il est nécessaire que le budget dédié à l’alimentation demeure une priorité. C’est un choix de société, mais aussi une question d’éducation au mieux manger.


Le 30 juin dernier, l’Union européenne a conclu un accord de libre-échange avec la Nouvelle Zélande qui n’a jamais aussi bien porté son surnom de laiterie du monde. Le volume de lait importé de Nouvelle-Zélande non soumis aux droits de douane va probablement augmenter. Cet accord constitue-t-il un risque pour le groupe Lactalis ?


La profession laitière, via la Fédération Nationale des Industries Laitières (FNIL), s’est en effet inquiétée de cet accord qui ouvre grand le marché européen aux produits laitiers néozélandais. Nous pouvons légitimement nous préoccuper de l’impact de cet accord sur une filière déjà fragilisée et sur l’intérêt écologique de faire venir ces produits de l’autre bout de la planète.


Lactalis a multiplié les acquisitions au cours des dernières années. Le groupe va-t-il en poursuivre de nouvelles ?


La croissance du groupe repose sur deux piliers : le développement de nos produits, donc la croissance externe, et les acquisitions dans le domaine du lait qui est notre cœur de métier. Nous venons d’intégrer la branche Fromages naturels de Kraft aux Etats-Unis et Leerdammer en Europe. Ce sont deux acquisitions de grande taille. Quand de nouvelles opportunités se présentent, nous les étudions et donnons suite… ou pas.


La singularité de la politique RSE du groupe Lactalis réside dans l’importance accordée aux initiatives locales. Pourquoi ce choix et comment se traduit-il concrètement ?


Lactalis est local partout avec une collecte de lait en proximité de nos laiteries et fromageries. C’est pour cela que nous gérons 270 sites dans plus de 50 pays. Notre politique RSE est donc proche du terrain pour en maximiser la performance. Nos axes principaux portent sur des engagements de réduction des émissions de carbone, des emballages plus respectueux de l’environnement et une politique active en faveur du bien-être animal.