La Région Auvergne-Rhône-Alpes s’appuie sur un partenariat fort avec les territoires




Interview de Stéphanie Pernod-Beaudon, Première vice-présidente du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes



En 2020, Laurent Wauquiez affirmait que « la préférence régionale et le patriotisme industriel sont nos priorités ». Il souhaitait consacrer 100 millions d’euros sur des projets de recherche et de transferts de technologie, 40 millions à un programme de relocalisation de sièges d'ETI et de grands groupes, déjà amorcé (Vicat en Isère)… Quel est le bilan de cette politique volontariste aujourd’hui ?


Dès 2020, la Région Auvergne-Rhône-Alpes avait, au travers de son Plan de Relance Régionale, défendu l’importance de la préférence régionale et de la relocalisation industrielle.

Ces ambitions ont ainsi été poursuivies en décembre 2021 avec l’adoption du Plan Stratégique de Relocalisation (doté d’1,2 mds d’euros). Depuis janvier 2022, la Région comptabilise ainsi 190 projets identifiés dans le cadre du Pack relocalisation représentant 5 306 emplois. L’objectif est de renforcer cette attractivité régionale en restant la région la plus attractive et la plus dynamique en termes de relocalisation tout en créant 30 000 emplois.

Par exemple, la Région va notamment accompagner l’entreprise Mobalpa (Groupe Fournier) dans son projet d’ouverture d’un nouveau site industriel dans la Drôme. Un projet estimé à 120 millions d’euros pour la société haut-savoyarde. Il permettra la création de près de 200 emplois sur le territoire drômois à son lancement. A plus long terme, jusqu’à 600 personnes seront employées au sein de la future usine drômoise.


Afin de renforcer son déploiement, la Région a également mis en place un « G6 de la relocalisation » regroupant les principaux acteurs économiques institutionnels pour renforcer une dynamique partenariale inédite aux services des entrepreneurs. Le G6 s’appuiera sur cette détermination collective et aussi sur les domaines d’expertise respectifs de ces membres : la Région et Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises pour l’accompagnement au quotidien des projets de relocalisation ; la CCIR sur l’achat local et le développement à l’international, la CPME sur le volet de la gestion financière ; le MEDEF sur la levée de fonds et la détection de nouveaux talents ; BPI France pour ce qui concerne les solutions de financement.


Nous constatons encore une réindustrialisation française à deux vitesses entre les centres urbains et les territoires. Pourtant, les forces vives, les compétences techniques et les talents sont partout. La question n’est-elle pas celle de la gouvernance territoriale entre acteurs privés et publics, seule solution pour faire émerger de nouveaux champions industriels et de nouveaux poumons économiques locaux ?


La politique économique régionale s’attache à répondre aux besoins des entreprises de façon la plus adaptée et la plus simple possible. Ainsi, comme elle l’a fait pendant la crise sanitaire, la Région s’appuie sur un partenariat fort avec les territoires pour mettre en œuvre, en complémentarité avec ces derniers, les orientations en matière de développement économique, touristique et de politique agricole. Pour se faire la Région va réaliser de nouvelles contractualisations avec les territoires (conventions d’aides économiques avec les EPCI, communes et métropoles et conventions sur le tourisme et l’agriculture avec les départements) mais aussi les consulaires, l’Agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises et les principaux partenaires afin de décliner sa politique économique de façon opérationnelle sur tout le territoire régional, toutes les thématiques et toutes les cibles.


La Région s’appuie également sur l’Agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises pour déployer sa politique dans les territoires. En tant que porte d’entrée régionale pour les entreprises, l’ancrage territorial de l’Agence permet une approche sur mesure, adaptée aux spécificités et aux enjeux des territoires ainsi que des entreprises du département concerné. Afin de compléter son offre d’accompagnement des territoires, l’Agence a développé avec la Région et le Département une antenne en Haute-Savoie, dernier département ne possédant pas encore d’antenne de l’Agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises. L’inauguration aura lieu le 1er décembre 2022.




Quelles sont les filières ciblées par le besoin de réindustrialisation dans la région AURA ? Il semble par exemple que 12 millions d’euros vont être alloués en soutien aux filières microélectronique et hydrogène ?


La Région Auvergne-Rhône-Alpes a la chance d’être dotée d’un tissu économique solide et innovant qui s’appuie sur une grande variété de secteurs d’activités clés. Cependant, elle a fait le choix d’identifier plus spécifiquement quatre filières qui doivent positionner le territoire comme leader actuel et à venir sur la scène nationale et internationale.


Dans le cadre du vote du nouveau SRDEII 2022-2028, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a ainsi identifié plusieurs filières dites d’excellence qui se distinguent par l’existence en leur sein d’entreprises nombreuses et à forte croissance, un niveau de qualification élevé et la présence d’acteurs majeurs de la R&I. Ces filières sont l’industrie de la santé, les matériaux durables, le microélectronique et l’intelligence artificielle et l’hydrogène. Ainsi, la Région aura un engagement fort pour soutenir ces filières d’excellence. Cependant, cette liste n’est pas restrictive puisque la Région continuera d’accompagner les évolutions des autres secteurs d’activité du territoire régional, confrontés à des mutations et enjeux multiples.


Quels sont les outils dont dispose la région Aura pour rendre attractif son territoire ? La création d’une foncière régionale peut être une solution pour accompagner certaines relocalisations ?


Nous souhaitons favoriser l’attractivité du territoire au travers de l’Agence ARAE. Pour rendre son territoire attractif, la Région s’appuie sur l’Agence de développement économique régionale Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises. Elle oriente et accompagne les entreprises industrielles et de services à l’industrie à toutes les étapes de leur développement : investissement, formation et emploi, innovation, export, accès aux financements et projets européens... Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises a également pour mission de promouvoir la région Auvergne-Rhône-Alpes à l’international et de valoriser ses multiples atouts pour attirer de nouvelles entreprises.


Auvergne-Rhône-Alpes Entreprise inscrit son action dans une logique de proximité, de maillage territorial et de mise en réseau des compétences et des savoir-faire. Depuis la création de l’antenne de Haute Savoie (qui sera inaugurée le 1er décembre), l’Agence dispose d’une antenne dans chacun des départements de la région. Chacune de ces antennes est un véritable relais de l’action de l’Agence dans les territoires, permettant notamment d’assurer cette présence de proximité auprès des entreprises. Sur chacun des territoires, un Comité de Développement Territorial a été créé, il est en charge de la gouvernance de son antenne, c’est-à-dire de cibler des actions spécifiques au territoire, dans le cadre de la feuille de route de l’Agence décidée par le Conseil de Surveillance.


Il y a également une réflexion sur le foncier industriel ; la Région a lancé plusieurs démarches :

  • Une étude, portée par la Banque des Territoires pour travailler sur l’opportunité de mettre en œuvre un outil de portage régional destiné, d’une part, à libérer rapidement du foncier pour accueillir des entreprises et, d’autre part, aménager des réserves foncières de manière à disposer d’un stock permanent.


  • En parallèle, la Région a lancé un travail, en lien étroit avec Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises permettant de cartographier très précisément le foncier disponible sur le territoire.


  • La création d’un syndicat mixte sur la zone de la CAPI et de la CCEL pour assurer la maîtrise du développement de cette zone stratégique (autour de l’aéroport de St Exupéry) en matière de développement industriel.


En dépit d’un contexte inflationniste et géopolitique tendu, la conjoncture n’est pas si mauvaise. Même si on observe un ralentissement de l’activité, nous ne sommes pas aujourd’hui en récession. Comment au niveau régional allez-vous malgré tout adapter votre politique d’aide et d’accompagnement au défi énergétique auquel sont confrontées les entreprises ?


Les entreprises ont à faire face à la flambée des coûts de l'énergie provoquée par les tensions actuelles sur les marchés du gaz et de l’électricité. Or, il faut rappeler que depuis le 1er décembre 2020 (gaz) et le 1er janvier 2021 (électricité) les professionnels (à l’exception des plus petites entreprises) ne sont plus éligibles aux tarifs réglementés.


Les conséquences pour les entreprises découlent principalement de l’augmentation des tarifs ; mais aussi des risques de rupture d’approvisionnement en énergie. Des impacts sur leur développement, notamment leur capacité d’investissement et d’emprunt ainsi que leur programme de recrutement, se font sentir tant dans le secteur industriel que dans le secteur de l’économie de proximité, indépendamment de la taille de l’entreprise. Dans certains cas, c’est même la poursuite de l’activité qui est remise en question, avec un risque de délocalisation des entreprises les plus énergivores.





Dans ce contexte, la Région souhaite proposer des mesures ciblées en complément des outils nationaux, pour accompagner les entreprises sur les thématiques de la réduction, du pilotage ou de la diversification de la consommation énergétique en lien avec la décarbonation des activités, notamment grâce à la solarisation :


  • Le Président L. Wauquiez a reçu le 10 novembre les entreprises industrielles et les restaurateurs et hôteliers pour discuter des conséquences de la crise énergétique et identifier leurs besoins.


  • En réponse, la Région soumettra au vote de l’AP de décembre un plan concernant les mesures de soutien aux acteurs économiques les plus impactés par la crise de l’énergie.


  • Laurent Wauquiez, Président de la Région et les 10 principaux représentants des professionnels des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme d’Auvergne-Rhône-Alpes ont interpellé le gouvernement dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre E. Borne sur l’urgence d’adapter les mesures nationales destinées à faire face à la hausse du prix de l’énergie aux particularités des structures du secteur économique du tourisme.


Vous êtes aux commandes d'un portefeuille, et notamment d'un plan de relance régional doté de plus d'un milliard d'euros d'investissement annoncés jusqu'au terme du mandat, en 2027. Quelles seront les priorités de ce plan ?


A l’AP du 29 juin 2022, la Région a voté son second Schéma Régional de Développement Economique, d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII) qui détaille le nouveau cadre d’intervention économique régional pour les années à venir.


Compte tenu des retours des territoires et partenaires exprimés lors de la phase de concertation, et des priorités du mandat, le nouveau SRDEII est articulé autour de quatre grandes priorités, construites notamment à partir des ambitions du Plan stratégique de relocalisation.


  1. Renforcer la souveraineté industrielle, technologique et les savoir-faire : cet objectif est dans la continuité du Plan de Relocalisation voté en décembre 2021 et doté d’une enveloppe financière de 1,2 Milliard € sur 6 ans pour reconquérir la souveraineté industrielle régionale et favoriser l’implantation, la relocalisation, le maintien et le développement d’entreprises sur des produits et secteurs stratégiques. Le Plan de Relocalisation s’appuie sur 4 axes :

  • Inciter à la relocalisation en Région Auvergne-Rhône-Alpes et soutenir nos entreprises dans leurs développements industriels

  • Création du « pack relocalisation » Auvergne-Rhône-Alpes

  • Intervenir sur le foncier industriel

  • Faciliter les recrutements dans l’industrie : développer les compétences, renforcer l’attractivité des métiers.

  1. Soutenir le développement d’un écosystème régional innovant

  2. Renforcer l’attractivité et un développement équilibré du territoire

  3. Déployer une offre d’accompagnement des entreprises complète, simplifiée, personnalisée et visible

Afin de suivre plus précisément la mise en œuvre du SRDEII 2022-2028, la Région souhaite se donner les objectifs suivants, dans la droite ligne du Plan de relocalisation stratégique :


  • Création de 30 000 emplois industriels

  • 700 projets de relocalisation ou de développement industriel accompagnés dont la moitié avec un impact en matière de décarbonation de l’industrie

  • Accompagner 7000 PME régionales dans leur développement à l’international