La démocratie “implicative“ qui s’invente sous nos yeux


Tribune de Jean Dumonteil, secrétaire général du Global Local Forum





Les commentateurs se lamentent sur le taux d’abstention record enregistré à l’occasion des élections législatives, déjà constaté hélas lors des récentes élections locales. Ces commentateurs ont raison. Pourtant, il est une autre vie politique qui se développe à bas bruit, à l’échelle locale, tentant, souvent avec succès, de mobiliser les citoyens sur des projets collectifs concrets. De nouvelles pratiques qu’il convient d’affermir.


La présidente de la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales, la courageuse sénatrice Françoise Gatel, a publié avec son collègue Jean-Michel Houllegatte, un rapport intitulé “Pour une nouvelle dynamique démocratique à partir des territoires : la démocratie implicative“ (http://www.senat.fr/rap/r21-520/r21-5201.pdf ). Non seulement, les rapporteurs y recensent et évaluent les pratiques participatives qui peuvent renforcer l’engagement des citoyens dans la vie de leur territoire, mais ils vont plus loin en inventant un concept nouveau : la « démocratie implicative ».


Pour Françoise Gatel et Jean-Michel Houllegatte, « cette forme de démocratie, à mi-chemin entre le modèle représentatif et l’orientation participative opère la synthèse, et parfois même la réconciliation, des deux autres modes d’organisation du débat public et de la prise de décision au niveau local. Elle fait sortir le citoyen et ses élus d’un face-à-face souvent contreproductif, pour les réunir dans une relation de proximité́ immédiate et les associer au vivre ensemble au niveau d’une rue, d’un ensemble d’habitations, d’un quartier, d’une commune... En impliquant l’habitant, l’élu l’amène à (re)devenir un citoyen engagé dans la vie de la Cité. »


Ce propos positif pourrait n’être qu’une sympathique profession de foi qui rompt avec le déclinisme ambiant. Mais Françoise Gatel et Jean-Michel Houllegatte n’en restent pas là. Ils appuient leur plaidoyer sur des initiatives réussies et surtout font l’inventaire rapide de méthodes et outils qui fonctionnent pour consolider des démarches innovantes qui, sans méthode et un minimum d’ambition démocratique, ne seraient que poudre aux yeux.


Ainsi en est-il des conseils citoyens. Les sénateurs sont allés voir ceux qui marchent. Le travail entre les acteurs locaux doit être cadré, et les élus ont dans ce domaine une pleine responsabilité. La façon dont les élus intègrent ces outils est éloquente : l’espace élargi, donné aux citoyens, ne signifie ni effacement ni démission des élus. Au contraire : l’accompagnement, comme l’écoute, est un art subtil et exigeant.


Cette démocratie implicative peut devenir une bonne façon de lutter contre la tendance au consumérisme municipal en responsabilisant les habitants. Mais il faut rester attentif. Des budgets participatifs, mal gérés dans certaines villes, se transforment en gadgets coûteux ou sans efficacité réelle. Faute de pilotage authentique et d’intégration à une politique cohérente et inclusive, ces outils finissent alors par démolir ce qui restait du lien de confiance entre les habitants et leurs élus. De même, les élus locaux doivent apprendre à maîtriser les outils numériques. Les « civil techs » doivent renforcer l’action publique, pas s’y substituer.


Crédibilité, pédagogie, engagement, la démocratie implicative ouvre un champ prometteur pour retrouver le goût de la vie démocratique partagée à l’échelon local. Mais pour impliquer, les élus locaux doit d’abord s’impliquer. C’est une exigence.