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Et si l’on réinventait le monde du travail ?




Tribune de Gabrielle Halpern


Il suffit de prêter une oreille attentive à la radio, à la télévision, dans les couloirs des entreprises, des administrations et autour des machines à café, pour prendre la mesure de la crise qui traverse le monde du travail. Crise de sens, rupture de confiance de la part des employeurs comme de la part des employés, mal-être au travail, phénomène de « grande démission » ou de « quiet quitting », croissance fulgurante du nombre d’indépendants. A cette crise s’ajoute une remise en question des parcours linéaires, du management, des modèles organisationnels, des lieux et des temps, sans compter l’essor du nombre de travailleurs très qualifiés et aux compétences rares et prisées, qui quittent délibérément leur entreprise pour se mettre à leur compte, afin d’avoir plus de liberté… Le monde du travail connaît de nombreux bouleversements depuis plusieurs années, qui se sont accélérés à l’aune de la crise sanitaire.


Et s’il fallait tout changer ? Et s’il fallait radicalement repenser l’organisation du travail, telle qu’elle existe aujourd’hui au sein des collectifs de travail, qu’il s’agisse de l’entreprise ou de l’administration ? Quelles nouvelles approches conviendrait-il de mettre en œuvre ? Et si ce que l’on appelle le milieu protégé, dans lequel travaillent des personnes en situation de handicap, constituait une source d’inspiration pour ce que l’on appelle le milieu ordinaire ?


C’est avec cette question que j’ai mené un travail de recherche, en partenariat avec Andicat et avec la Cité de l’économie et des métiers de demain de la région Occitanie, en allant à la rencontre de travailleurs en situation de handicap et des professionnels qui les accompagnent. D’entretien en entretien, de visite d’établissement en visite d’établissement, j’ai observé une autre manière de travailler et d’envisager le travail qui pourrait inspirer tout le monde du travail : et si l’on considérait l’entreprise comme une école où l’on se forme en permanence ? Et si l’on repensait le choix d’allocation des ressources temporelles pour permettre aux collaborateurs de travailler dans de bonnes conditions ? Et si l’on imaginait un modèle managérial sur-mesure, permettant un plus grand respect de chacun et une meilleure solidarité entre tous ? Comment repenser l’organisation du travail pour faire en sorte que chacun ait une plus grande autonomie ? Comment réinventer les fiches de poste pour laisser plus de place à l’expression de compétences multiples ? Ce sont toutes ces questions que j’ai creusées dans le cadre de mon travail de recherche…


Il y a urgence à repenser le monde du travail, qui, d’un côté, crée de l’exclusion à l’égard de ceux qui sont considérés comme les plus vulnérables, et qui, de l’autre, se voit abandonnée par ceux qui sont considérés comme les plus forts… Est-ce la fin du modèle de l’entreprise (ou de l’administration), tel qu’on le connaît ? Il semble en tout cas à un tournant : soit il se remet profondément en question, soit il va mourir. La tendance au freelancing choisi est-elle le symptôme d’un doute à l’égard de la capacité de l’entreprise à réunir les bonnes conditions de travail ? Elle révèle de fait ses failles, liées aux relations de travail, à l’organisation, à la répartition et à la nature du travail, et, en l’état, le modèle de l’entreprise semble perdre de sa pertinence et suggère qu’il va falloir qu’elle se réinvente radicalement et qu’elle repense également toutes ses fonctions : directeur des ressources humaines, directeur juridique, directeur de la RSE, directeur financier, manager, etc. Un nouveau contrat social est à construire !


Pour découvrir la note de prospective de Gabrielle Halpern publiée par la Fondation Jean Jaurès : https://www.jean-jaures.org/publication/comment-repenser-le-monde-du-travail-lexemple-des-etablissements-et-services-daccompagnement-par-le-travail/









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